Aérodromes 2025 : davantage qu’une plate-forme réservée aux atterrissages et aux décollages
Un lieu où les avions, hélicoptères et autres aéronefs atterrissent et décollent : un aérodrome pourrait se résumer à cette définition basique. Or, le bon fonctionnement d’un aérodrome nécessite davantage qu’une piste. Il faut par exemple une aire de trafic pour la circulation, le stationnement et l’entretien des aéronefs. Il faut aussi des voies de circulation qui mènent à la piste.
Un aérodrome ne saurait fonctionner correctement sans l’intervention de différents partenaires, comme le contrôle de la circulation aérienne, les compagnies aériennes et les services d’assistance en escale qui gèrent les bagages et le fret, s’occupent du chargement des avions et de l’embarquement/débarquement des passagers ou assurent l’entretien de la plateforme.
Les aérodromes ne se réduisent pas aux surfaces en dur et comportent fréquemment de vastes espaces verts qui hébergent des oiseaux et autres animaux sauvages. La sécurité du trafic aérien nécessite de gérer la faune qui a élu domicile sur l’aérodrome.
Bref, plus l’aérodrome est grand, plus sa gestion est complexe.
Voici un échantillon d’incidents qui peuvent se produire sur un aérodrome en Suisse : collision avec un canard se soldant par des dégâts à un réacteur ; avion remorqué dans la mauvaise direction ; ou encore chargement incorrect du fret dans la soute. Le lieu et l’heure des incidents importent bien moins que de les signaler en bonne et due forme au service compétent de l’OFAC et d’en tirer les conclusions qui s’imposent. Avec un seul objectif : améliorer sans cesse la sécurité en vol et au sol.
Dommage causé à un avion pendant la fourniture de services d’assistance en escale
De quoi s’agit-il ?
Collision avec un équipement ou un véhicule utilisé pour l’assistance en escale (tapis à bagages auto-tracté, escalier mobile) ou manœuvre incorrecte (par exemple lors de l’ouverture de la porte du compartiment de fret). Entrent dans cette catégorie uniquement les dommages survenus alors que l’avion est immobilisé au sol et qui peuvent compromettre la sécurité du vol.
Illustration :
À la suite d’une fausse manœuvre, la passerelle mobile utilisée pour le débarquement des passagers entre en collision avec l’avion en stationnement et endommage son fuselage. L’avion doit subir des réparations avant de pouvoir reprendre l’air.
Commentaire des chiffres 2025 :
Ce genre d’incidents a connu une très forte recrudescence durant l’année sous revue, passant de 0.46 incident par 10 000 mouvements en 2024 à 0.78 incident par 10 000 mouvements en 2025. Malgré cette hausse sur une année, le nombre d’incidents reste très faible. Des aéronefs de l’aviation générale étaient impliqués dans près de 8 % des cas.
On relève trois événements graves (autant qu’en 2024). Environ 3 % des cas ont été qualifiés de graves.
Dans un tiers des cas, la cause ou le responsable du dommage n’ont pas pu être identifiés. Ces dommages sont généralement découverts lors de la visite prévol ou post-vol. Le personnel au sol vérifie à cette occasion que le revêtement des avions ne présente aucun dommage causé par exemple par des véhicules ou des oiseaux. Aucun des dommages d’origine inconnue n’avait un caractère grave.
La plupart des dommages causés par des équipements de servitude au sol (GSE) sont imputables aux élévateurs (highloader) employés pour charger ou décharger les bagages et le fret en soute.
Dans une poignée de cas, des avions ont été abîmés durant le positionnement des passerelles ou escaliers passagers. Dans l’aviation commerciale, l’étroitesse des postes de stationnement est généralement en cause.
Pratiquement tous les événements ont eu pour cadre les aéroports de Zurich et de Genève.
À l’instar de l’année précédente, dans plus de 90 % des cas, les incidents n’ont occasionné que des dégâts minimes, comme un éclat de peinture ou une éraflure, et n’ont pas compromis la sécurité des vols.
Manœuvre incorrecte d’un avion sur l’aire de trafic ou les voies de circulation (déplacement autonome)
De quoi s’agit-il ?
L’équipage d’un avion au roulage sur l’aire de trafic ou sur une voie de circulation ne respecte pas les instructions de roulage, les procédures ou les autorisations. Il en résulte une quasi-collision ou une collision avec un autre aéronef, un véhicule ou un obstacle.
Illustration :
Un avion emprunte la mauvaise voie de circulation, qui n’est pas dimensionnée pour le type d’avion, et le bout de l’aile heurte un lampadaire.
Commentaire des chiffres 2025 :
Un total de 564 incidents de ce type ont été enregistrés durant l’année sous revue. Cette nette hausse par rapport à l’année précédente (2024: 336 évènenements) met en évidence la complexité croissante des opérations aériennes. On dénombre quatre incidents graves (à peine 1 % des cas).
Comme d’habitude, la plupart des incidents sont dus à des écarts par rapport aux règles de roulage ou à des erreurs de navigation au sol. Les causes les plus fréquentes : mauvaise compréhension d’une clairance et perte d’orientation des pilotes sur un aérodrome possédant une aire de trafic et un réseau de voies de circulation complexes.
Plus l’aéroport est étendu, plus sa complexité est élevée. Sans surprise, la plupart des événements se sont produits sur les deux plus grands aéroports de Suisse, à savoir Genève et Zurich.
Les travaux de maintenance ou les chantiers d’extension modifient l’infrastructure, accroissant d’autant la complexité. Les modifications temporaires ou permanentes de l’aire de trafic ou des procédures de roulage sont également susceptibles de dérouter les équipages.
Nonobstant la hausse des incidents, on relève moins de 1 % de cas graves, tandis que 5,5 % des cas renvoient à une collision ou quasi-collision entre, d’une part, un aéronef au roulage et, d’autre part, un autre aéronef, un véhicule ou tout autre obstacle situé sur l’aire de mouvement.
Dans le transport aérien commercial, les écarts par rapport aux clairances en roulage ou les erreurs de navigation sont plus fréquents mais ne compromettent pas la sécurité, sinon à la marge. Les aéronefs étant ici sous la supervision des contrôleurs de la circulation aérienne ou des services de gestion d’aire de trafic, toute anomalie est en général rapidement identifiée. Ce genre d’incidents est plus fréquent dans l’aviation générale, qui ne bénéficie pas de guidage pendant le roulage à l’approche d’une infrastructure. Si le pilote n’est pas attentif, une collision est vite arrivée.
Impact d’animaux
De quoi s’agit-il ?
Un impact d’oiseau ou une collision avec un animal lors de la phase d’atterrissage ou de départ peut endommager l’avion et compromettre la sécurité du vol.
Illustration :
Un oiseau est happé dans le réacteur après avoir percuté un avion au décollage, ce qui provoque aussitôt des vibrations anormales. L’avion fait demi-tour et regagne l’aéroport de départ. Verdict : les ailettes de turbine sont endommagées. Le vol est annulé et, heureusement pour eux, les passagers sont transférés sur un autre vol.
Commentaire des chiffres 2025 :
Au total, 374 incidents de ce type ont été enregistrés en Suisse en 2025, soit légèrement moins que l’année précédente (388). Le nombre total varie peu par rapport à 2024, ce qui dénote d’une évolution globalement stable.
Dans plus de 90 % des cas, des aéronefs en exploitation commerciale étaient impliqués. La vitesse des avions joue un rôle ici. Les oiseaux et les pilotes ont une chance d’éviter la collision lorsque la vitesse de l’appareil est relativement faible, ce qui n’est pas le cas avec les grands avions de ligne. De plus, les grands oiseaux sont susceptibles de causer davantage de dégâts que les oiseaux de plus petite taille. Dans 90 % des cas, le dommage causé aux avions est nul ou négligeable. Un peu plus de 1 % des cas est qualifié de grave.
La plupart des événements se sont produits durant l'approche, à l’atterrissage ou au départ (95 % des cas) et en général à une hauteur inférieure à 1500 pieds.
Comme les années précédentes, on constate que la majorité des collisions ont eu lieu au deuxième et au troisième trimestre. Un tiers des incidents ont été enregistrés en juin et en juillet. À cette période, qui suit la période de reproduction, la densité de population est élevée et les oisillons sont inexpérimentés. Ces mois caractérisés par une météo clémente sont aussi ceux où les oiseaux redoublent d’activité et recherchent intensément de la nourriture. À quelques exceptions près, les aéronefs entrent en collision avec des oiseaux.
Erreur de chargement, documentation incorrecte des bagages et du fret
De quoi s’agit-il ?
Cas où le plan de chargement est incorrect ou le poids au décollage, le devis de masse et centrage ou les paramètres de vol sont erronés. Ces erreurs peuvent avoir pour conséquence que le fret se déplace durant le vol et que la sécurité du vol soit compromise.
Illustration :
La soute d’un avion est pleine. En consultant le plan de chargement, il apparaît cependant que la cargaison est mal chargée, au point que la sécurité du vol s’en trouve compromise. Il faut modifier la répartition du fret et des bagages, ce qui retarde considérablement le vol.
Commentaire des chiffres 2025 :
En 2025, 383 incidents se sont produits, soit nettement plus que l’année précédente. On soulignera toutefois que 142 incidents seulement ont eu lieu en Suisse.
Cette augmentation est imputable à une meilleure culture de compte rendu. Les comptes rendus émanant d’entreprises d’assistance en escale ont particulièrement progressé, ces dernières signalant plus assidûment les erreurs de chargement ou de documentation.
Tous les incidents avaient pour origine des divergences entre la cargaison documentée et la cargaison réelle. Les comptes rendus font également état d’incidents dans lesquels des bagages, du fret ou des marchandises dangereuses ont été mal chargés ou n’ont pas été embarqués alors que cela était prévu. Dans certains cas, des marchandises non documentées ont tout de même été chargées dans l’appareil ou les données relatives au poids étaient incorrectes. Très occasionnellement, ces incidents ont eu un léger impact sur le centrage de l’avion. Mais l’équipage est toujours parvenu à identifier le problème à temps et à le corriger.
Autre sujet de préoccupation, le non-respect des hauteurs de chargement. Avec le risque de perturber sérieusement les systèmes de sécurité, comme les détecteurs de fumée, ou les systèmes d’aération durant le vol, si des bagages sont placés trop haut. Cela n'a toutefois été le cas dans aucun des incidents signalés. On relève quelques cas de cargaison mal assurée et qui s’est déplacée durant le vol, ce qui peut modifier le centre de gravité de l’avion.
La proportion d’événements graves s’établit à 5 % environ, soit une valeur pratiquement équivalente à celle de l’année précédente.
Conduite incorrecte d’un véhicule ou utilisation incorrecte d’équipements sur l’aire de trafic ou les voies de circulation
De quoi s’agit-il ?
Le conducteur d’un véhicule ne respecte pas les instructions ou règles de la circulation sur l’aire de trafic ou les voies de circulation. Il peut en résulter une collision avec un aéronef en roulage ou tracté. Autre cas de figure : des équipements ou des véhicules sont mal stationnés sur l’aire de trafic et gênent un aéronef au roulage.
Illustration :
Une voiture circule sur l’aire de trafic. Arrive à sa droite un avion en mouvement sur la voie de circulation. Indécis sur le comportement à adopter, le conducteur coupe la priorité à l’avion. L’équipage de l’avion doit freiner brutalement pour éviter la collision. Par chance, tous les occupants étaient assis. L’avion poursuit sa route jusqu’au poste de stationnement, où les passagers débarquent en étant quittes pour la peur.
Commentaire des chiffres 2025 :
Un total de 784 incidents ont été enregistrés en 2025 contre 655 en 2024, soit un bond de 20 %. Cette tendance est à mettre en relation avec la complexité des grands aérodromes et la forte densité de véhicules et d’équipements engagés sur les aires de trafic et les voies de circulation. Malgré cette forte hausse, on ne déplore que deux événements graves.
Une forte proportion des comptes rendus renvoient à la circulation de véhicules sur l’aire de trafic dont les conducteurs enfreignent les règles de priorité ou circulent sur des voies de circulation sans y être autorisés. Il arrive fréquemment que des équipements ou des véhicules bloquent l’accès aux postes de stationnement, contraignant les équipages d’avion à s’arrêter et à attendre que le passage soit libre pour poursuivre leur route. Les vitesses étant réduites sur l’aire de trafic, les incidents sont en général de peu de gravité. En revanche, lorsque les pilotes sont contraints d’exécuter subitement une manœuvre d’évitement, l'évènement est plus grave.
La complexité des aérodromes ne pose pas seulement des problèmes aux avions. Elle affecte aussi les autres usagers circulant au sol. Les modifications des systèmes de voies de circulation ou des procédures sur l’aire de trafic perturbent tous les usagers.
La majorité des incidents ont eu pour cadre les aéroports nationaux de Zurich et de Genève.
